Stallone, roman, Bernheim

305Stallone

bernheim Emmanuelle Bernheim
Edition : Gallimard – Folio
Année : 2002
Pays : France

Et oui vous ne rêvez pas, c’est bien de Sylvester Stallone dont il s’agit ici !

Emmanuelle Bernheim, dans ce tout petit roman (60 pages, autant dire une nouvelle), nous conte l’histoire d’une femme qui un jour va voir Rocky III au cinéma. Elle en ressort déboussolée. Sa vie est merdique. Ses rêves elle les a laissés derrière elle, mais comme Rocky qui recommence l’entraînement et remonte sur le ring, elle va reprendre son existence en main.
Sa vie va changer du tout au tout, rythmée au son de la chanson Eye of the tiger, qui lui rappelle dans les moments de doute, qu’il faut toujours se battre.

Elle se promet que jamais un film de Stallone ne sortira sans qu’elle n’aille le voir au cinéma, une sorte de monnaie de la pièce…

Cette histoire est tout simplement très drôle. Les événements s’enfilent vite, pas la peine de rester trois heures à parler de sentiments, de problèmes. Ici il s’agit de foncer tête baissée tel un uppercut en pleine figure. Par-là, l’auteur nous montre en quelques mots comment l’on peut se laisser aller à sa pauvre existence, son petit confort, en oubliant parfois ses rêves. Elle arrive à traiter ce thème assez lourd avec simplicité et une note d’humour, utilisant Stallone jusqu’à l’obsession.

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Je vous demande de lire l’interview de Madame Bernheim et d’analyser :
– le choix des mots… (notez les possessifs, notez la position qu’elle prend en tant qu’auteur, qu’en pensez-vous ?) quels sont les mots importants ?
– quel registre utilise-t-elle ?
– comparez son langage, ses assertions avec celle de Massoco à propos d’Idole, qu’en pensez-vous ?
– à qui s’adresse-t-elle ?
– que pensez-vous des confidences qu’elle partage ?
– comparez le style de Berheim dans l’interview avec la Bernheim de Stallone.

Rencontre avec Emmanuèle Bernheim,
à l’occasion de la parution de Stallone

  Gallimard — Le titre est une référence directe à l’acteur…

  Emmanuèle Bernheim — Oui, Lise, mon héroïne, va au cinéma voir Rocky 3 de et avec Sylvester Stallone, l’histoire d’un boxeur qui, une fois devenu champion du monde, se laisse aller, perd son titre, et le regagne après s’être sérieusement repris en main. À la vision de ce film, simple, limpide, sincère et très efficace, Lise prend soudain conscience de la médiocrité de sa vie, et — tout comme Rocky — elle tente de se ressaisir… Du jour au lendemain — ou presque — , elle décide de reprendre ses études, de quitter son ami, et de rompre avec sa famille. Bref, elle change de vie.
Et comme cette nouvelle vie, c’est à Stallone qu’elle estime la devoir, elle n’aura de cesse de s’acquitter de cette dette…

  Gallimard — Pourquoi Rocky 3 ?

  Emmanuèle Bernheim — Quand j’ai vu ce film, à sa sortie, il m’a profondément touchée. À cette époque, je travaillais aux Cahiers du Cinéma, non pas comme critique mais comme responsable des archives photographiques. Serge Daney a essayé de me pousser à écrire sur ce film. Je ne l’ai pas fait. J’en aurais été totalement incapable. Je n’étais pas critique, et en 1983, je n’avais encore rien écrit.
Mais quand l’année dernière, Le Monde m’a demandé une nouvelle pour l’été, j’ai presque tout de suite repensé à Rocky 3.

  Gallimard — Pensez-vous que ce genre d’événement puisse arriver dans la réalité ?

  Emmanuèle Bernheim — Bien sûr. Je crois que cela peut nous arriver à tous de tomber sur un film, un livre ou autre chose qui fait écho à ce que nous avons envie d’entendre, ou de comprendre à un moment précis de notre vie. Ça produit comme un déclic, et hop, toute notre existence en est modifiée.
Que se serait-il passé sans cela ? Notre vie aurait-elle changé de toute façon ? Peut-être. Peut-être plus tard. Peut-être jamais… Comment le savoir ?

  Gallimard — Vous avez adopté une écriture rapide, elliptique, presque cinématographique…

  Emmanuèle Bernheim — Ce texte est assez différent de ce que j’ai écrit jusqu’à maintenant.
D’abord, c’est la première fois que je raconte une histoire qui se déroule sur un temps aussi long : quatorze années. Cela m’a donc tout naturellement conduite à être assez elliptique.
Et puis c’est aussi la première fois que je m’appuie à ce point sur la réalité : l’existence de Lise étant rythmée par les films de Stallone, c’est, de Rocky 3 à Cop Land, sa filmographie, sa filmographie exacte, qui forme la colonne vertébrale du récit.
Et enfin, à la différence de tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent, il ne s’agit pas d’une histoire de désir, ni d’une rencontre érotique…
Décidément, Stallone c’est autre chose…

© www.gallimard.fr, 2002

C’est un tout petit livre au charme fou. Une nouvelle, en fait, commandée à l’origine par Le Monde, publiée dans l’édition du 25 août 2001, puis reprise aujourd’hui par Gallimard, l’éditeur d’Emmanuèle Bernheim.

C’est un tout petit livre au charme fou. Une nouvelle, en fait, commandée à l’origine par Le Monde, publiée dans l’édition du 25 août 2001, puis reprise aujourd’hui par Gallimard, l’éditeur d’Emmanuèle Bernheim. Cinquante-deux pages d’un style incisif, d’une écriture de haute précision, pour raconter l’histoire de Lise, une jeune femme dont la vie amoureuse et professionnelle s’étiole lentement mais sûrement, jusqu’au jour où elle décide d’aller voir, au cinéma, le film Rocky III. Ce que ressent alors l’héroïne de Stallone est à la fois doux et violent. Un choc amoureux, un direct au coeur, et une véritable révélation. Car en sortant de la salle de cinéma, alors que ses amis discutent entre eux (“ils préféraient tous Rocky I ou même Rocky II (…) Elle n’avait vu ni l’un, ni l’autre”), elle sait que sa propre vie est en train de lui échapper, et sait aussi, avec certitude, qu’il n’en tient qu’à elle pour tout rattraper. “Elle ne pouvait pas continuer comme ça, écrit l’auteure de Sa femme (prix Médicis 1993) et de Vendredi soir. Elle était en train de tout rater. Comme Rocky Balboa au début du film, elle se laissait aller, elle se laissait glisser. (…) Elle avait vingt-cinq ans. C’était maintenant ou jamais. (…) Sa décision était prise. Elle deviendrait médecin.”

Et elle réussit, grâce à son obsession, à reprendre sa vie en main, laisser son copain et son travail, couper les liens avec ceux qui doutent encore d’elle, reprendre ses études, et continuer d’aller voir tous les autres films de Stallone, par fidélité. “Elle lui devait bien cela. Car c’était grâce à lui que sa vie allait changer.”

Pour posséder ce petit chef-d’oeuvre de concision et de retenue, écrit par une cinéphile éclairée qui, incidemment, pratique aussi la boxe, il vous en coûtera un petit 11,50 $.  Gallimard, 2002, 52 p.

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Emmanuèle Bernheim : “La vie est la plus forte”

Taille de l’article : 584 mots,   Extrait :

Ses romans se lisent vite. Mais ils demeurent longtemps… A l’occasion du cycle Ecrire / Filmer de la BNF, rencontre avec Emmanuèle Berheim et Alain Cavalier. “Quand j’ai commencé à écrire, mon influence a été le cinéma. Les romans, c’est ma façon de faire des films.” Cette intimité d’Emmanuèle Bernheim avec le septième art (dont découle sa présence le 6 mai, avec le cinéaste Alain Cavalier, à la troisième rencontre du cycle Ecrire/Filmer de la BNF), on en trouve des indices dans les petits faits de sa biographie : elle travailla longtemps à la photothèque des Cahiers du cinéma.

Les uppercuts d’Emmanuèle Bernheim

LE MONDE | JOSYANE SAVIGNEAU

« C’EST BIEN la première fois qu’on me dit que j’ai fait trop long », constate, mi-amusée, mi-angoissée, Emmanuèle Bernheim. Elle a plutôt l’habitude d’entendre, après les compliments d’usage, des interrogations sur la minceur de ses quatre romans. Seulement quatre titres depuis 1985 ! Et rien qui atteigne 250 pages ! Ce n’est pas très bon pour le commerce. Cela a même failli lui faire rater le prix Médicis, qu’elle a obtenu en 1993 pour Sa femme (Gallimard, comme tous ses livres). On a su que certains jurés avaient soutenu que le roman n’était pas assez gros pour qu’on lui attribue cette récompense… Ils n’ont heureusement pas été entendus.

Oui, Emmanuèle Bernheim écrit bref, resserré, rythmé. Avec tout un jeu sur les espaces, les blancs. Avec, donc, un dispositif graphique qui a son importance dans la composition du texte, dans la mise en oeuvre du récit et dans la lecture. Et voilà qu’elle livre une nouvelle à un journal, répondant à une commande précise, avec une longueur maximale impérative. Malheureusement, son ordinateur compte les caractères et ledit journal « parle » en signes (la ponctuation et les espaces sont comptabilisés). Alors on lui…

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