frère du guerrier

Date de sortie 13 mars 2002 (1h 55min)
Affiche Le Frère du guerrier De Pierre Jolivet
Avec Vincent Lindon, Mélanie Doutey, Guillaume Canet plus
Au XIIIe siècle, dans un village des Cévennes, Arnaud vit avec son épouse, Guillemette. Avant de mourir, la mère d’Arnaud lui transmet la science des plantes médicinales et de leurs bienfaits. Un jour, Arnaud se fait attaquer par un groupe de brigands. Roué de coups d’une violence sans pareille, il en perd la mémoire. Sa femme part alors à la recherche de Thomas, le frère de son époux et vaillant guerrier. Celui-ci doit l’aider coûte que coûte à guérir Arnaud. Pour ce faire, il doit lui aussi découvrir les multiples secrets que recèle la science des plantes. Mais Thomas, farouche combattant, doit avant tout apprendre à évoluer sans armes…
Film de Pierre Jolivet (France, 2002). Scénario : P. Jolivet, Simon Michaël. Image : Pascal Ridao. Montage : Yves Deschamps. Musique : Serge Perathoner et Jannick Top. 120 mn. Avec Vincent Lindon : Thomas. Guillaume Canet : Arnaud. Mélanie Doutey : Guillemette. François Berléand : le curé.
Genre : western médiéval.
Le Moyen Age, les terres reculées, les brigands qui rôdent, les remèdes miracles à base de plantes : Jolivet est passé de Ma petite entreprise à la grande. Cette époque médiévale, on le sent, obéissait à un désir fort de représentation, et se trouve honorée : Le Frère du guerrier est un film âpre et bien charpenté, où l’authentique ne fait pas toc, où la terre sèche et les vieilles pierres se marient bien. Jolivet a soigné les détails de la reconstitution, tout en évitant d’en mettre plein la vue.
Il fallait ensuite meubler ce décor d’une histoire. Sans doute par conformité au dépouillement ambiant, le réalisateur a préféré développer des sortes de thèmes – le lien entre deux frères, la lutte pour la survie, la connaissance par les livres – plutôt que de déployer une intrigue à multiples rebondissements. L’accord des tons est globalement respecté ; mais au niveau narratif, c’est le régime sec. A l’inverse de beaucoup de films d’époque, celui-ci vaut plus pour son aspect documentaire que pour ses doses de fiction délivrées au compte-gouttes. Mercenaire nomade, entre samouraï et homme sauvage, Vincent Lindon a la crinière au vent et le mot rare. Il ne convainc qu’à moitié, mais son personnage d’entêté bourru est celui qui apporte le plus de souffle à l’aventure, par moments proche du western. Les cavalcades, les combats à l’arbalète, c’est encore ce qu’il y a de mieux. Pour le reste, le film est à l’image du frère amnésique (Guillaume Canet) ou bien du curé (François Berléand) : contemplatif, isolé et ascétique, un peu absent.
Le Moyen Age, les terres reculées, les brigands qui rôdent, les remèdes miracles à base de plantes : Jolivet est passé de La Petite Entreprise à la grande. Cette époque médiévale, on le sent, obéissait à un désir fort de représentation, et se trouve honorée : Le Frère du guerrier est un film âpre et bien charpenté, où l’authentique ne fait pas toc, où la terre sèche et les vieilles pierres se marient bien. Jolivet a soigné les détails de la reconstitution, tout en évitant d’en mettre plein la vue.
Il fallait ensuite meubler ce décor d’une histoire.
Sans doute par conformité au dépouillement ambiant, le réalisateur a préféré développer des sortes de thèmes ­ le lien entre deux frères, la lutte pour la survie, la connaissance par les livres ­ plutôt que de déployer une intrigue à multiples rebondissements. L’accord des tons est globalement respecté ; mais au niveau narratif, c’est le régime sec. A l’inverse de beaucoup de films d’époque, celui-ci vaut plus pour son aspect documentaire que pour ses doses de fiction délivrées au compte-gouttes. Mercenaire nomade, entre samouraï et homme sauvage, Vincent Lindon a la crinière au vent et le mot rare. Il ne convainc qu’à moitié, mais son personnage d’entêté bourru est celui qui apporte le plus de souffle à l’aventure, par moments proche du western. Les cavalcades, les combats à l’arbalète, c’est encore ce qu’il y a de mieux. Pour le reste, le film est à l’image du frère amnésique (Guillaume Canet) ou bien du curé (François Berléand) : contemplatif, isolé et ascétique, un peu absent –
Jacques Morice
Vincent Lindon Thomas
Guillaume Canet Arnaud
Mélanie Doutey Guillemette
Brunelle Lemonnier Hilde
François Berléand le curé
Frédéric Lacave Benoît
Perkins Lyautey le chef des brigands
Roch Leibovici le chauve

Le nouveau film de Pierre Jolivet raconte l’histoire de deux frères qu’a priori tout oppose : l’aîné (Thomas) a quitté la ferme familiale pour partir gagner sa vie sur les routes en proposant ses services armés aux plus offrants ; le benjamin (Arnaud) est resté auprès de sa mère qui lui a transmis son don de guérir par les plantes. D’un côté, une brute épaisse qui, au fil du film, va révéler son visage humain ; de l’autre, un gentil garçon que les coups assenés par des brigands – la violence ajoute toujours du piquant à l’évocation du passé… – plongent dans l’hébétude, l’absence dirait-on au Moyen Âge, époque à laquelle se déroule le film. Entre les deux, une femme, celle d’Arnaud, et bientôt également celle de Thomas – ou la femme attirée par le caractère biface de l’homme, à la fois doux et bestial… Et Thomas d’aider Guillemette à retrouver grâce aux livres le savoir oral perdu par un Arnaud devenu amnésique, le tout sur fond « d’épopée intimiste ».

  • 1  « C’est bien vers le milieu du xiiie siècle que les religieux commencent à recopier les livres » [ (…)
  • 2  Dès le viiie siècle, il existait des scriptoria dans les monastères (voir le plan du scriptorium d (…)

2Un film d’aventures donc, qui se pique d’apporter au spectateur des connaissances sur le xiiie siècle. De fait, il est rare de voir le Moyen Âge porté à l’écran et c’est tout à l’honneur du réalisateur d’avoir cherché à surmonter les problèmes de reconstitution historique. Malgré cela, le pari est loin d’être gagné. En voulant initier le spectateur à une période méconnue, le réalisateur risque de lui inculquer un certain nombre d’erreurs. On a ainsi du mal à imaginer une ferme isolée ne dépendant pas d’une seigneurie, qu’elle soit foncière ou banale. De même, il serait erroné de croire que l’Église conserve jalousement le monopole du savoir au xiiie siècle. Pour être des institutions ecclésiastiques, les universités, apparues au xiie siècle, mais aussi les petites écoles, dont le nombre ne cessera de croître, n’en contribuent pas moins à dispenser un savoir livresque qui n’est plus à cette époque l’apanage des hommes de Dieu lesquels, contrairement à ce que prétend le réalisateur dans un entretien 1, n’ont pas attendu le xiiie siècle pour s’adonner au travail de fabrication ou de copie de manuscrits dans les scriptoria 2. Quant à la culture orale toujours vivace, notamment dans les campagnes, pourquoi une femme refuserait-elle de la transmettre à une autre femme sous prétexte que ce n’est pas sa fille mais sa bru ? Cette méfiance d’une femme envers une autre femme peut paraître étrange à une époque où, justement, les secrets médicamenteux étaient plutôt l’apanage de la gent féminine.

3Bref, un film aux intentions louables – comme de montrer comment la transmission au Moyen Âge se fait à fois par l’écrit et par l’oral – mais que l’on ne saurait recommander sans une certaine méfiance envers les connaissances qu’il entend transmettre. Restent les paysages somptueux de la Lozère, idéals pour filmer les grands espaces et les chevauchées en vue panoramique.

Notes

1  « C’est bien vers le milieu du xiiie siècle que les religieux commencent à recopier les livres » [propos issus du dossier de presse].

2  Dès le viiie siècle, il existait des scriptoria dans les monastères (voir le plan du scriptorium de Saint-Gall exécuté vers 830), et au xiiie siècle, « l’âge d’or des scriptoria est révolu » [A. Vauchez, (dir.), Dictionnaire encyclopédique du Moyen Âge, II, p. 1410-1411].

References

Electronic reference

Elizabeth Gonzalez, « Le frère du guerrier », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [Online], 85 | 2001, Online since 23 November 2009, connection on 08 November 2017. URL : http://chrhc.revues.org/1784

About the author

Elizabeth Gonzalez (chrhc)

Exemples de critiques, comprendre le cinéma français

 

Des paysages magnifiques, une approche historique intéressante, une sobriété qui sied parfaitement à ce moyen-âge cévenole, tout cela contribue à porter l’émotion dans ce film atypique de Pierre Jolivet. Pas qu’un film historique, pas qu’un film sentimental(amour filial, fraternel, charnel), pas qu’un film sur la violence et son corrolaire, la bétise et l’ignorance, le Frère du guerrier est tout cela à la fois. Une mention spéciale cependant pour Mélanie Doutey, superbe.

Au XIIIème siècle, un homme qui a mené une vie de mercenaire, revient à la ferme familiale où il reprend les travaux de son frêre… Il est évident que le scénario n’est pas d’une grande richesse, mais il n’empêche que ce long métrage de Pierre Jolivet soit des plus agréable à suivre. Si ce film se regarde de manière bien plaisante, il le doit, d’une part, à sa très bonne mise en scène, et d’autre part, au fait que le tout ait été tourné dans des superbes décors naturels ( dans le sud de la Lozère en l’occurence ) ce qui lui donne un côté réaliste bien avantageux. A noter également que le casting – composé notamment d’un solide Vincent Lindon, de la charmante Mélanie Doutey et d’un étonnant Guillaume Canet – s’en sort de manière brillante, et le tout fait que l’on se trouve devant une épopée médièvale certes assez classique dans l’ensemble ( car manquant quelques peu de séquences d’actions ), mais possédant tout de même un certain charme du début jusqu’à une fin bien touchante.

Présenté comme une épopée médiévale, le Frère du guerrier peut décevoir. Ce n’est pas un film d’action classique, mais un film français avant tout, plutôt avare en scènes de combat chorégraphie dantesques ou impressionnantes. Mais ce n’en fait pas un mauvais film pour autant. De fait, en reconstituant un Moyen-Age crédible, en situant son histoire dans les magnifiques paysages des Cévennes, Pierre Jolivet réalise un film singulier et plutôt étonnant à plus d’un point. Pas ou peu de combats donc, mais la restitution d’un quotidien probable. Etonnante aussi cette histoire et le choix de personnages marginaux et qui tiennent à le rester. Une belle histoire ceci dit, touchante et dure, comme les temps pendant lesquels elle prend place. Reste l’interprétation des acteurs, de qualité. Mais un bémol sérieux en ce qui concerne Vincent Lindon, dont l’élocution déplorable mange une phrase sur deux. Dommage car sa présence physique est plutôt bonne. En bref un film qui ne cherche pas à enthousiasmer et se coupe ainsi d’un partie de son public potentiel, mais qui au moins va au bout de ses idées avec cran et une certaine qualité.

Western médiéval, aux décors superbes et au scénario intelligent, certains lui reprocheront un manque de rythme. Faudrait pas confondre vitesse et précipitation. On n’est pas dans l’univers de John Woo, mais au 13è siècle! Par ailleurs, Vincent Lindon est impressionnant, il manie l’arbalète comme un dieu (mais pas que, il sait être sensible, ce qui dénote avec l’époque). En plus, ce film n’oublie pas d’être intelligent, en évoquant subtilement (trop subtilement pour certains?) le pouvoir de l’écriture, les détenteurs du savoir, et comment le monde va changer lorsque l’écrit sortira enfin des monastères et des châteaux. J’ai pensé par moments aux “Sept mercenaires”, avec ce mélange de violence et de sensibilité. Certes, quand j’ai vu Berléand la première fois avec son bonnet, ça m’a fait un choc, avec le souvenir de lui dans “Ma petite entreprise”… Mais on s’y habitue très bien! Un très bon film.
Bilbo-le-hobbit

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